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Flash lumineux yeux fermés spiritualité : 5 clés pour comprendre

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A woman covering her face with her hands
Sommaire

Voir des flashs lumineux les yeux fermés pendant la méditation peut impressionner, voire inquiéter. Dans la grande majorité des cas, il s’agit de phosphènes: une perception visuelle sans lumière extérieure, compatible avec une lecture scientifique, et parfois investie d’un sens spirituel. L’enjeu est de savoir les accueillir sans s’y accrocher, et de repérer les situations où il vaut mieux consulter.

En bref

  • Le plus fréquent: des phosphènes (points, halos, motifs) liés à l’activité du système visuel, souvent favorisés par la relaxation.
  • Deux lectures peuvent coexister: explication neurophysiologique et interprétation spirituelle, sans obligation de choisir.
  • Sécurité d’abord: ne pas presser sur les yeux, ne pas chercher la vision à tout prix, prudence en cas d’épilepsie photosensible.
  • Consultez sans attendre s’il y a un « rideau » noir, beaucoup de corps flottants, des flashs unilatéraux soudains, une baisse de vision, une douleur oculaire, ou plus de cinq éclairs par heure.

Ces lumières, c’est quoi exactement ?

Le mot phosphène désigne une « perception visuelle lumineuse survenant sans stimulation externe ». Autrement dit: aucune lampe, aucun écran, aucun soleil derrière les paupières, et pourtant quelque chose s’allume. Beaucoup de personnes en font l’expérience, y compris en dehors de toute pratique méditative.

Ce qui trouble, c’est la variété des formes possibles: points lumineux brefs, motifs géométriques, spirales, halos, mosaïques, éclairs latéraux, filets lumineux. Les couleurs aussi peuvent varier: blanc, doré, bleu, violet, vert, rouge. Et quand cela survient en méditation, nous sommes nombreux à nous demander: « est-ce que mon cerveau fabrique quelque chose… ou est-ce que je perçois autre chose que d’habitude ? » La réponse la plus juste, psychologiquement comme scientifiquement, est souvent: peut-être les deux, à des niveaux différents.

Pourquoi cela arrive-t-il davantage en relaxation ou en méditation ?

Le système visuel n’est pas un simple « appareil photo ». Il produit et interprète des signaux. Une partie du trajet est bien connu: rétine, puis cellules ganglionnaires, puis noyau géniculé latéral (LGN), puis cortex visuel (V1 et aires associatives). Des activités électriques spontanées peuvent apparaître au niveau de la rétine ou du cortex, et être vécues comme des lumières.

On distingue classiquement trois grandes familles, utiles pour se repérer sans s’affoler. Les phosphènes mécaniques sont provoqués par une pression sur l’œil (frottement, pression). Les phosphènes optiques sont des résidus après une exposition lumineuse forte. Les phosphènes électriques renvoient à une activité neuronale spontanée, sans pression ni lumière préalable.

En méditation, un élément revient souvent: l’état de relaxation modifie nos rythmes cérébraux. Des corrélations sont décrites entre l’apparition de phosphènes et les ondes alpha et ondes thêta, plus présentes en détente. Des ondes gamma sont aussi mentionnées, davantage associées à des états de haute concentration chez des méditants expérimentés. Pour la personne qui pratique, cela donne une lecture simple: quand le corps s’apaise et que l’attention se stabilise, le « bruit de fond » devient plus perceptible.

Je le vois régulièrement en consultation: la difficulté n’est pas tant la lumière elle-même, que ce qu’elle réactive. Peur de « perdre le contrôle », crainte d’un problème neurologique, ou au contraire excitation à l’idée d’un signe. Dans les deux cas, l’émotion mérite d’être entendue. Elle est un indicateur de notre rapport au mystère, et parfois à la santé.

Abstract red brain network with a person

 

Lecture scientifique et lecture spirituelle: rivalité… ou double entrée ?

Sur le plan scientifique, on parle donc d’activité spontanée du système visuel, influencée par l’état cérébral (relaxation, attention) et par des facteurs comme la fatigue, les changements de position, les variations de tension sanguine, certains médicaments, ou encore certaines stimulations électriques ou magnétiques.

Sur le plan spirituel, beaucoup de traditions ont donné un vocabulaire à ces perceptions. On rencontre par exemple le troisième œil, l’Ajna Chakra ou sixième chakra, des termes comme Jyoti, Kundalini, prana (ou qi, chi) et nadis. Dans le bouddhisme tantrique et le Dzogchen, les thigles peuvent être décrits comme des manifestations de la « claire lumière », parfois reliées à une progression vers l’état de rigpa. D’autres courants évoquent la lumière comme symbole de guérison énergétique, et le mysticisme chrétien a aussi rapporté des visions lumineuses comme expérience de grâce.

Ce que j’invite à garder en tête, pour ne pas se faire piéger par nos propres besoins de certitude: donner du sens et expliquer un mécanisme ne se situent pas au même étage. Une explication neurophysiologique ne retire rien à l’intime. Et une interprétation spirituelle, si elle vous parle, n’abolit pas le bon sens médical.

« Le repère le plus apaisant n’est pas de décider si c’est “mystique” ou “neurologique”, mais de vérifier si c’est stable, non douloureux, et compatible avec une vie quotidienne sereine. »

 

Quand faut-il s’inquiéter et consulter ?

Soyons clair: certains tableaux n’ont rien d’ésotérique. Ils relèvent d’une évaluation médicale rapide. Si l’un des signes suivants est présent, l’indication est de consulter en urgence un ophtalmologue ou des urgences ophtalmologiques.

  • flashs soudains et nombreux, surtout d’un seul côté
  • apparition de « corps flottants » (mouches volantes) en grand nombre
  • « rideau » noir ou voile qui grandit dans le champ visuel
  • flashs qui surviennent yeux ouverts, en plein jour, de manière répétée
  • associés à maux de tête intenses, nausées, vertiges, perte ou diminution d’acuité visuelle
  • plus de cinq éclairs par heure
  • douleur oculaire aiguë, baisse de vision brutale, survenue après un choc

Pour vous orienter : l’ophtalmologue est la référence si l’on suspecte un problème rétinien (voile, corps flottants, baisse d’acuité). Des examens peuvent être proposés : fond d’œil dilaté, tomographie en cohérence optique (OCT), champ visuel automatisé. Le neurologue est davantage indiqué si les flashs s’inscrivent dans un tableau de migraine, d’aura ou de symptômes neurologiques associés ; dans ce cas, des remèdes complémentaires, comme certaines huiles essentielles pour les maux de tête, peuvent parfois soulager en complément des traitements prescrits. Le médecin généraliste peut faire un premier tri et orienter. Et si des visions persistent hors contexte méditatif, avec une souffrance psychique marquée, une désorganisation, ou un contexte de substances, un avis psychiatrique peut aider à évaluer le vécu et la sécurité.

Un mini-triage simple à faire chez soi

Quand on est anxieux, on cherche une règle. Je propose souvent une séquence en trois questions, parce qu’elle transforme une peur diffuse en décision concrète.

a person standing in the middle of a large body of water

 

1) Y a-t-il un signe rouge (rideau noir, corps flottants nombreux, baisse de vision, douleur, choc, unilatéralité soudaine, répétition yeux ouverts, plus de cinq éclairs par heure) ? Si oui: ophtalmologie en urgence.
2) Est-ce associé à des maux de tête intenses ou à un tableau migraineux ? Si oui: avis neurologique.
3) Est-ce stable, non douloureux, et essentiellement lié à la relaxation ou à la méditation ? Si oui: suivi non urgent, observation structurée, pratiques sûres.

Accueillir les phosphènes sans les “poursuivre”

Alors ne tournons plus autour du pot: la plupart des méditants que j’accompagne finissent par transformer cette expérience en test d’éveil, ou en menace. Les deux alimentent la tension, et la tension alimente l’obsession. L’objectif est plus simple: rester en relation avec ce qui apparaît, sans s’y attacher.

Quelques principes de sécurité changent tout. D’abord: ne pas presser sur les yeux. Les phosphènes mécaniques peuvent être faciles à provoquer, mais cela n’a rien d’une pratique méditative, et ce n’est pas anodin pour l’œil. Ensuite: ne pas chercher obsessionnellement les visions. Enfin: prudence en cas d’épilepsie photosensible, et attention aux médicaments ou aux substances psychotropes qui peuvent influencer les perceptions.

Une routine de 10 minutes, sobre et efficace

Si vous voulez un cadre simple, voici une routine brève qui laisse la place à l’expérience sans la fabriquer.

  • 1 minute: relâcher les épaules, trois soupirs amples.
  • 3 minutes: allonger le souffle, 4 temps à l’inspire, 6 temps à l’expire.
  • 3 minutes: poser l’attention au centre du front, accueillir les images s’il y en a.
  • 2 minutes: silence total, mains posées sur le ventre.
  • 1 minute: noter un mot-clé dans un carnet.

Si vous pratiquez plus longtemps, une durée de 20 à 45 minutes peut convenir selon votre expérience et votre disponibilité. Et si vous aimez les repères concrets: une régularité de 15 minutes quotidiennes est généralement plus aidante que de longues séances occasionnelles. Les premiers motifs deviennent souvent repérables sur deux semaines, et l’évolution se lit sur plusieurs semaines.

Tableau pratique: techniques et durées

Option Durée Intention Précaution simple
Focalisation sur Ajna 10 à 15 minutes Stabiliser l’attention au centre du front Rester doux, ne pas “forcer” la perception
Mantra OM 7 à 12 minutes Soutenir l’attention par le son Garder une respiration confortable
Visualisation indigo 5 à 10 minutes Donner un support mental simple Stop si tension ou agitation
Trataka (regard bougie) 3 à 7 minutes Fixer puis fermer les yeux pour observer Fixation recommandée 3 à 5 minutes, puis yeux fermés
Respiration consciente (nadi shodhana) 5 à 8 minutes Réguler le système nerveux Rester dans une intensité légère

 

Suivre sans sur-interpréter: le journal qui apaise

Quand l’expérience devient répétitive, le meilleur antidote à l’emballement est souvent… un protocole d’observation simple. Tenir un journal ne sert pas à “prouver” quoi que ce soit, mais à répondre à trois questions: est-ce stable, est-ce contextuel, est-ce que ça me fait du bien ou ça me fragilise ?

a hand holding a magnifying glass over a body of water

 

Notez: la date et l’heure, le contexte (assis, couché, avant ou après le sommeil), la technique (par exemple trataka, palming, focalisation Ajna), la durée, les couleurs, les formes (points, spirales, halos, éclairs), l’intensité et la durée, puis les effets après séance (calme, sommeil, maux de tête), et enfin un mot-clé. Chaque semaine, regardez l’évolution: fréquence par session, couleurs dominantes, association avec une technique, et attention au seuil d’alerte si cela dépasse plus de cinq éclairs par heure.

Deux scènes typiques, pour vous situer

Première scène: une personne débute, essaie le trataka quelques minutes, ferme les yeux et voit de petites lueurs blanches. Elle note ses observations pendant deux semaines, constate que cela reste doux, stable, et que sa concentration s’améliore. Dans ce cas, la pratique gagne à rester simple: respirer, observer, revenir au corps.

Deuxième scène: une personne décrit un « rideau » sombre qui progresse, ou une pluie de corps flottants, ou des flashs unilatéraux très fréquents. Ici, l’esprit peut vouloir rationaliser ou spiritualiser pour se rassurer. Je préfère une règle de protection: on vérifie d’abord l’œil. La paix intérieure se construit mieux quand on n’ignore pas les signaux d’alerte.

Si vous choisissez une lecture spirituelle, gardez l’éthique du non-attachement

Les traditions parlent parfois de couleurs et de significations (blanc ou doré associé à purification, bleu ou violet au troisième œil, vert à une guérison énergétique, rouge ou orange à la vitalité et l’ancrage). Cela peut nourrir une quête de sens. Le risque, c’est de transformer la méditation en chasse au signe, et de perdre le fil le plus précieux: la qualité de présence.

Si ces lumières vous touchent, vous pouvez les accueillir comme un phénomène intérieur, avec humilité. Observez sur plusieurs semaines, ancrez-vous ensuite par le souffle ou la marche, et demandez un avis extérieur si vous vous sentez happé par l’expérience. La méditation n’a pas besoin d’effets spéciaux pour être profonde. Elle a besoin d’un cadre, de sécurité, et d’une attention qui revient, patiemment, à ce qui est là.

Hélène Caradec

Psychologue de métier, avec une dimension spirituelle. Rédactrice en chef.

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