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Dépression et prise de poids : 7 stratégies pour agir

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a woman sitting on the floor eating food
Sommaire

Oui, la dépression peut favoriser une prise de poids, et l’inverse est aussi vrai : l’excès de poids peut entretenir ou aggraver l’humeur dépressive. Ce lien n’a rien d’une « faiblesse » personnelle, il s’explique par des mécanismes biologiques, des changements de comportements et, parfois, par les effets de certains traitements.

En bref

  • Le lien est bidirectionnel : symptômes dépressifs et prise de poids peuvent se renforcer mutuellement.
  • Trois grands moteurs : biologie (cortisol, appétit, métabolisme), comportements (sédentarité, grignotage, sommeil), médicaments (certains psychotropes).
  • Surveillez sans obsession : poids et PHQ-9 une fois par mois, et consultez si +5 % en 1 mois ou +3 % à 5 % en 3 mois.
  • Des leviers existent : ajustements thérapeutiques, micro-habitudes réalistes, et options adjuvantes discutées au cas par cas avec les soignants.

Pourquoi la dépression peut faire prendre du poids (et pourquoi ce n’est pas « dans votre tête »)

En tant que psychologue, je constate régulièrement un même récit : « Je ne me reconnais plus, je n’ai plus d’élan, et mon corps change alors que je n’ai pas l’impression de manger tant que ça. » Ce vécu est fréquent. Et il mérite d’être entendu, parce qu’il repose sur des mécanismes identifiables.

D’abord, il y a le versant biologique. La dépression s’accompagne souvent d’un stress chronique. Quand il s’installe, le cortisol peut rester élevé, ce qui favorise le stockage des graisses, avec une prédilection pour l’abdomen. À cela s’ajoutent des perturbations des hormones de l’appétit : la leptine peut diminuer et la ghréline augmenter, orientant vers une prise alimentaire plus importante et vers des aliments riches en sucres et en gras. Enfin, on observe des altérations métaboliques possibles, avec perturbations du métabolisme glucidique et lipidique, et une résistance à l’insuline envisagée dans certains tableaux. L’axe intestin-cerveau est aussi évoqué : microbiote et signaux inflammatoires peuvent influencer l’humeur et l’appétit, sans que cela n’autorise des promesses « miracles ».

Ensuite, il y a le versant comportemental et psychosocial, souvent plus visible, mais tout aussi piégeant. L’anergie et la sédentarité réduisent la dépense énergétique. L’alimentation émotionnelle s’invite : grignotage, recherche d’apaisement immédiat via le sucre ou le gras. Les troubles du sommeil dérèglent la faim diurne et la régulation hormonale, avec une cible simple à garder en tête : dormir au moins 8 heures par nuit quand c’est possible. Et puis, l’isolement et la perte de repères peuvent désorganiser les repas : déjeuner sauté, repas tardifs, routines qui se délitent.

Quand l’humeur baisse, le corps ne « trahit » pas : il s’adapte. Le problème, c’est que cette adaptation peut nous enfermer si on n’objectivise pas ce qui se passe et si l’on reste seul face à la culpabilité.

 

Objectiver la situation : les mesures qui aident vraiment à décider

 

Quand le poids devient un sujet douloureux, on oscille entre deux extrêmes : se peser trop, ou ne plus se regarder du tout. Entre les deux, il existe une voie utile : mesurer pour comprendre, à un rythme raisonnable, afin d’agir tôt si besoin.

macro shot photo of scale

 

Deux outils simples structurent bien le suivi :

  • PHQ-9 : un questionnaire de 0 à 27, utilisé en clinique. Une donnée aide à matérialiser le lien humeur-poids : en moyenne, +1 point de PHQ-9 est associé à +45 g de poids (avec des valeurs rapportées à 52 g si IMC 25-29,9 et 71 g si IMC supérieur à 30).
  • IMC : IMC = poids (kg) / taille (m)². On parle classiquement de surpoids entre 25 et 29,9, et d’obésité au-delà de 30. Un seuil « surpoids si IMC supérieur à 23 » est aussi mentionné dans certains repères.

Ajoutez si possible une mesure du risque abdominal : tour de taille (seuils : plus de 94 cm chez l’homme, plus de 80 cm chez la femme) et rapport taille-hanches (risque cardiovasculaire si supérieur à 0,95 chez l’homme et 0,85 chez la femme). Et retenez surtout ces seuils d’alerte pondérale : plus de 5 % en 1 mois impose de recontacter un soignant, et une variation de 3 % à 5 % en 3 mois mérite déjà une stratégie renforcée.

Au démarrage d’un suivi, un bilan est souvent proposé : glycémie à jeun ou HbA1c, bilan lipidique, TSH, pression artérielle, liste des médicaments, et parfois une fonction hépatique selon les traitements. L’objectif n’est pas de multiplier les examens, mais d’avoir une ligne de base et de repérer tôt une dérive métabolique.

Médicaments : quand la prise de poids vient du traitement (et comment en parler sans se mettre en danger)

Je précise qu’il est important de différencier deux situations : la prise de poids liée aux symptômes dépressifs, et celle liée aux traitements. Dans la vraie vie, elles se superposent parfois, ce qui rend la lecture plus confuse et plus culpabilisante.

a person standing on a pile of balloons in front of a crowd

 

Côté chiffres, il est rapporté que certains antidépresseurs sont associés à 2 à 7 kg sur un an, et qu’une analyse portant sur plus de 180 000 dossiers retrouve une prise de poids comme effet secondaire chez environ 1 patient sur 10. La prise de poids survient souvent dans les premiers mois, avec une vigilance particulière entre 1 et 12 mois, d’autant que cette prise de poids peut s’accompagner d’une élévation des Gamma GT, pour laquelle il existe des mesures visant à faire baisser les Gamma GT en 48 heures.

Catégorie Exemples cités Repère de risque pondéral Ce qu’on discute en pratique
Risque plus élevé tricycliques, mirtazapine, paroxétine, quétiapine prise de poids et souvent sédation rapportées surveillance rapprochée, balance bénéfice-risque, options de changement si dérive
Risque plutôt plus faible fluoxétine, sertraline, venlafaxine LP généralement moins associés à une prise de poids, variabilité individuelle discussion au cas par cas, surtout si la prise de poids devient un facteur d’arrêt
Cas particulier topiramate peut entraîner une perte de poids usage limité par les effets secondaires, pas « juste » pour maigrir

 

Soyons clair : on ne stoppe pas seul un traitement efficace. L’objectif est de retrouver une rémission dépressive, pas de gagner une bataille contre la balance au prix d’une rechute. En revanche, il est légitime de demander un ajustement si la prise de poids devient rapide, douloureuse, ou métaboliquement préoccupante. Typiquement, on re-discute avec le médecin traitant et le psychiatre si la prise dépasse 5 % en 1 mois ou 3 % à 5 % en 3 mois, ou si HbA1c et lipides se dégradent.

Un plan simple sur 4 semaines quand l’énergie est basse

Quand on va mal, les injonctions à « se reprendre en main » deviennent un bruit de fond violent. Je propose plutôt une logique de micro-habitudes : petites, répétables, et mesurables. Une patiente me disait : « Je peux faire 10 minutes, mais pas 1 heure. » Paradoxalement, c’est souvent le bon point de départ.

  • Semaine 1 : poser une base. Mesurer poids et PHQ-9, noter le tour de taille. Démarrer 5 à 10 minutes de marche par jour et viser 1,5 L d’eau. Structurer sans rigidité.
  • Semaine 2 : structurer davantage. Passer à 10 à 20 minutes de marche, tendre vers 30 minutes si possible. Installer 3 repas et, si besoin, 1 collation plutôt que du grignotage diffus. Mâcher davantage, simplement.
  • Semaines 3 et 4 : consolider. Viser 30 minutes par jour soutenues quand c’est faisable, intégrer des activités plaisantes. Surveiller les sucres ajoutés avec un repère : 25 g par jour. Refaire un point poids et PHQ-9, et prévenir le soignant si la trajectoire pondérale s’emballe.

Ce cadre n’est pas un régime strict, et c’est volontaire. Dans certains épisodes dépressifs, « faire régime » trop tôt augmente la sensation d’échec et l’auto-dévalorisation. On commence par stabiliser, puis on ajuste.

an aerial view of a tractor in a field

 

Et si cela ne suffit pas ? Options médicales, et quand demander de l’aide vite

Dans certaines situations, des options adjuvantes existent. Pour une prise de poids liée aux antipsychotiques, la metformine est décrite comme une première intention, avec une titration progressive (par exemple 500 mg par jour puis 1 500 à 2 000 mg par jour selon tolérance), sous surveillance (HbA1c, créatinine, tolérance digestive). D’autres pistes ont été étudiées, comme des anti-H2 (ranitidine, famotidine) avec prudence selon les statuts réglementaires, ou encore le choix d’une molécule comme la fluoxétine lorsqu’elle est adaptée au tableau dépressif.

Les agonistes du GLP-1, dont le sémaglutide (dose citée : environ 1 mg par semaine), peuvent être efficaces sur le poids. Ils posent aussi des questions de coût (Ozempic environ 77 euros par mois, Wegovy non remboursé et plus cher) et de sécurité : pancréatite, complications de rétinopathie diabétique, neuropathie optique ischémique non artéritique, et des signaux psychiatriques avec possible augmentation des pensées suicidaires chez certains. Autrement dit : cela se discute en équipe, avec suivi rapproché du poids, de la glycémie et des symptômes psychiques.

Enfin, pour une obésité sévère (principalement IMC supérieur à 40 ou complications sévères), la chirurgie bariatrique peut être évaluée. Elle implique aussi de connaître ses risques : mortalité postopératoire d’environ 1 pour 1 000 dans les 90 jours, reflux gastro-œsophagien 15 % à 45 %, ulcère anastomotique 1 % à 25 % selon les études, lithiases vésiculaires autour de 15 % à 10 ans, hypoglycémie post-prandiale 1 à 4 heures après le repas. Sur le plan psychique, le risque suicidaire est rapporté comme doublé après chirurgie, et environ 10 % déclarent une consommation d’alcool à risque 2 à 3 ans après, avec environ 10 % d’augmentation d’addictions à des substances. D’où la nécessité d’un bilan psychologique et d’un suivi multidisciplinaire.

Si des pensées suicidaires apparaissent, il faut demander de l’aide immédiatement : 31 14. Et si le poids augmente rapidement (plus de 5 % en 1 mois) ou si l’isolement devient majeur à cause de l’apparence, ce n’est pas « secondaire ». C’est un signal que le système souffre, et qu’il est temps de remettre de la sécurité, de la cohérence, et du soin dans la prise en charge.

Hélène Caradec

Psychologue de métier, avec une dimension spirituelle. Rédactrice en chef.

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