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Arrêt de la codéine et perte de poids : causes et 7 conseils

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a hand reaching for a bottle of pills on a blue surface
Sommaire

Oui, l’arrêt de la codéine peut s’accompagner d’une perte de poids, parfois rapide, surtout quand le sevrage provoque diarrhées, nausées et vomissements. Ce n’est pas un « amaigrissement » au sens d’un changement durable du corps, mais très souvent une combinaison de déshydratation, de baisse des apports et d’épuisement lié aux symptômes. L’enjeu n’est pas de « tenir bon » coûte que coûte, mais de traverser cette période en sécurité, avec des repères concrets pour manger, boire, et savoir quand consulter.

En bref

  • Les symptômes de sevrage commencent souvent vers 24 h après l’arrêt, culminent vers 48-72 h et la phase physique aiguë dure environ 10 jours.
  • Une perte de 3-5 kg la première semaine est rapportée, souvent liée à l’eau et aux troubles digestifs.
  • Consultez en urgence si perte de poids > 5 % du poids habituel en une semaine, vomissements incoercibles ou signes de déshydratation sévère.
  • Objectif prioritaire: réhydratation (souvent 1,5 à 2 L/j) et petites prises alimentaires fréquentes, idéalement avec un sevrage encadré.

Pourquoi peut-on maigrir après l’arrêt de la codéine ?

Quand une personne dépendante à la codéine l’arrête, le corps doit se réadapter. Et cette « réadaptation » peut être très bruyante. Je le vois régulièrement en consultation: la souffrance n’est pas seulement psychique, elle est aussi viscérale, concrète, et souvent humiliée par la honte de « ne pas y arriver ». Or, ces réactions ont une logique physiologique.

Premier mécanisme: le transit se relance. La codéine a tendance à freiner l’intestin. À l’arrêt, l’effet inverse peut survenir, avec diarrhée, nausées et vomissements. On perd alors de l’eau, des sels minéraux, et parfois des calories, tout en étant incapable de manger « normalement ».

Deuxième mécanisme: la perte d’appétit. L’anxiété, l’insomnie et les nausées peuvent réduire fortement l’apport calorique. Certaines personnes décrivent aussi une altération du goût, comme si l’alimentation devenait soudain sans attrait.

Troisième mécanisme: la déshydratation. Le poids affiché sur la balance est très sensible aux variations d’eau. C’est pour cela qu’une chute rapide n’est pas forcément un indicateur de « fonte » réelle, mais peut signaler un déséquilibre hydrique, surtout si vous urinez peu.

Enfin, le sevrage mobilise le corps: stress, agitation (par exemple des impatiences dans les jambes) ou au contraire fatigue marquée. La balance énergétique peut se dérégler dans un sens comme dans l’autre, mais la phase aiguë est souvent celle où l’on « perd » car on ne garde ni nourriture ni boisson.

À quel moment la perte de poids est-elle la plus probable ? La chronologie utile

La question qui revient est très directe: « Combien de temps ça dure ? ». Avoir une temporalité, même approximative, aide à ne pas se vivre comme un cas désespéré. La trajectoire décrite ci-dessous correspond à ce qui est rapporté le plus souvent, avec une variabilité selon la dose et la durée d’usage.

Période Ce qui peut se passer Ce qui aide concrètement
Vers 24 h après l’arrêt Début des signes de sevrage (parfois 12-24 h selon formes retard). Commencer un suivi simple: poids à heure fixe, nombre de vomissements, selles, quantité d’urine.
48-72 h Pic possible: diarrhée, vomissements, insomnie, anxiété. Risque maximal de perte rapide. Fractionner les liquides en petites gorgées, privilégier bouillons, aliments très tolérables, demander un avis médical si vous ne gardez rien.
Jusqu’à environ 10 jours Phase physique aiguë. Une perte de 3-5 kg la première semaine est rapportée. Hydratation 1,5-2 L/j si possible, petites portions fréquentes, reprise progressive des protéines.
Semaines suivantes Les symptômes psychologiques (anxiété, humeur dépressive, envies) peuvent durer plus longtemps, parfois plusieurs semaines ou mois. Sevrage encadré, suivi addictologique (CSAPA), repères alimentaires stables, demander de l’aide si la détresse s’installe.

 

Une précision importante: si votre poids chute, ne vous contentez pas d’un seul chiffre. Regardez ce qui l’accompagne. Une personne qui perd « vite » mais boit et urine normalement n’est pas dans la même situation qu’une personne qui perd « vite » avec vomissements persistants et urines rares.

man face with water droplets

 

Quand s’inquiéter ? Des repères simples, sans dramatisation

Il est tentant de banaliser: « ça fait partie du sevrage ». Oui, certains inconforts en font partie. Pourtant, le corps peut aussi basculer vers une situation à risque, particulièrement via la déshydratation et les troubles ioniques. Là, ce n’est plus une épreuve « à supporter », c’est un motif de soins.

  • Perte de poids > 5 % du poids habituel en une semaine: consultez en urgence.
  • Vomissements incoercibles ou impossibilité de garder des liquides: consultation rapide, parfois réhydratation par perfusion.
  • Signes de déshydratation sévère: soif intense, urines très rares (oligurie), étourdissements ou hypotension, peau sèche. En cas de syncope ou quasi-absence d’urines: urgences.
  • Signaux psychiatriques graves: pensées suicidaires, agitation extrême, désorientation. Appel immédiat aux urgences ou à la ligne d’écoute 0 800 23 13 13.

Il existe aussi une situation particulière: l’usage de codéine associée au paracétamol. En cas de douleurs épigastriques ou d’ictère, il faut demander un bilan en urgence (transaminases, INR). Ce point mérite d’être pris au sérieux, surtout quand les prises ont été élevées.

Ce que vous pouvez faire dès aujourd’hui: manger et boire pendant la phase aiguë

« Je n’arrive pas à avaler. » C’est l’un des éléments les plus douloureux que rapportent les personnes: non seulement elles souffrent, mais elles ont l’impression d’échouer sur un besoin vital. Soyons clair: l’objectif n’est pas de réussir des repas parfaits. L’objectif est fonctionnel: hydrater, apporter un peu d’énergie, et éviter la spirale déshydratation-fatigue-nausées.

Repère simple : visez souvent 1,5 à 2 litres par jour, en adaptant à votre tolérance ; et, si nécessaire, associez ces conseils à des mesures visant à faire baisser les Gamma GT en 48 heures. Si vous vomissez, ne forcez pas de grands verres : fractionnez en petites gorgées, régulièrement.

J0 à J5: tenir le pic sans épuiser le corps

Privilégiez des aliments qui passent « même quand tout se révolte »: bouillons clairs, riz blanc, compote de pomme, banane, toasts secs, biscuits salés, yaourts nature. Certaines personnes trouvent un soutien avec du gingembre (thé ou gingembre confit) ou des crackers secs, parce que cela calme un peu les nausées.

Une solution de réhydratation orale simple peut aider: 1 litre d’eau + 6 cuillères à café de sucre + 1/2 cuillère à café de sel, à boire par petites gorgées. Il existe aussi des solutions commerciales.

J6 à J10: reconstruire progressivement

Quand l’intensité baisse, l’enjeu devient la reprise progressive des protéines, pour limiter le catabolisme: œufs, fromage blanc, yaourt grec, purée de légumineuses, petites portions de viande blanche ou poisson. Des collations denses peuvent aider quand l’appétit est encore fragile: smoothie (lait, banane, beurre d’arachide, yaourt), thon sur crackers, fromage fondu sur pain grillé.

a bag of crave next to a bag of protein bars

 

Semaine 2 à 4: retrouver un rythme

Revenir vers 3 repas et 1 à 2 collations, surveiller une reprise pondérale lente, et réintroduire une activité douce (marche, étirements) peut soutenir la masse maigre. Si l’anxiété ou la dépression prennent le relais, l’accompagnement devient une priorité, au même titre que l’alimentation.

Sevrage encadré: pourquoi cela change aussi la question du poids

Paradoxalement, beaucoup de personnes pensent qu’un arrêt brutal est la preuve d’une volonté plus forte. En clinique, je vois surtout autre chose: un arrêt brutal expose davantage à des symptômes aigus (diarrhée, vomissements) qui rendent l’alimentation et l’hydratation très difficiles. Or, quand on ne boit plus, tout s’accélère: fatigue, anxiété, vertiges, et parfois retour au produit juste pour « arrêter l’hémorragie ».

Une stratégie souvent proposée est la diminution par paliers, sous supervision médicale. L’idée: réduire l’intensité du sevrage pour préserver l’hydratation, le sommeil, et donc le poids. Dans certains parcours, une substitution (buprénorphine, méthadone) est discutée, avec un suivi rapproché. La buprénorphine peut être prescrite avec une durée de prescription limitée à 28 jours, ce qui implique une organisation, mais peut stabiliser la situation quand les tentatives répétées échouent.

Je pense à cette patiente qui me disait: « Je ne veux pas “maigrir”, je veux arrêter de me sentir partir en morceaux. » Derrière la balance, il y a souvent cela: la peur de ne plus tenir. Un encadrement médical ne retire pas le mérite, il augmente la sécurité.

Surveillance: quoi noter, quoi demander au médecin

Quand le corps est en sevrage, la mémoire est mauvaise: on confond les jours, on sous-estime ce qu’on boit, on oublie combien on a vomi. Tenir une trace simple permet de décider plus vite, sans débat intérieur interminable.

  • Chaque jour: poids à la même heure, nombre de vomissements et de selles, quantité d’urines (repérer l’oligurie), et si possible fréquence cardiaque et tension.
  • En cas de diarrhées ou vomissements prolongés, ou de perte importante: demander un contrôle de l’ionogramme (Na, K, Cl) et de la fonction rénale (créatinine, urée), avec répétition possible à 48-72 h puis à 7-10 jours selon l’évolution.
  • Si suspicion liée au paracétamol ou signes hépatiques: bilan hépatique (transaminases, bilirubine, INR), avec recontrôle à 48 h puis selon évolution.

Si l’accès à un spécialiste est compliqué, un médecin généraliste peut déjà initier une évaluation, et orienter. Pour un soutien et une prise en charge addictologique, vous pouvez contacter la ligne d’écoute 0 800 23 13 13 (gratuite, tous les jours de 8 h à 2 h) ou un CSAPA. Un exemple de contact est le CSAPA « Essonne Accueil » joignable au 01 60 78 06 44.

« Votre corps n’est pas en train de “faiblir”: il est en train de se réadapter. Ce que nous cherchons, ce n’est pas la performance, c’est la sécurité, jour après jour. »

 

Hélène Caradec

Psychologue de métier, avec une dimension spirituelle. Rédactrice en chef.

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