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Taux d’oxygène du sang : mesurer, valeurs et quand agir

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a blood test tube with a blood dropper attached to it
Sommaire

Quand le taux d’oxygène baisse, l’inquiétude monte vite, surtout quand on accompagne un parent âgé. Une règle simple aide déjà à décider: une SpO2 entre 95 % et 100 % est généralement rassurante, tandis qu’une valeur qui se répète à 92 % à 94 % mérite une vraie vigilance, même sans grand symptôme.

En bref

  • 95-100 %: en général normal si aucun symptôme inhabituel.
  • 92-94 %: répétez correctement la mesure, surveillez, et contactez le médecin si cela persiste ou s’aggrave.
  • 90-91 %: avis médical rapidement, surtout chez une personne âgée ou fragile.
  • < 85 % ou signes de détresse (confusion, douleur thoracique, lèvres bleutées): appelez le 15.

SpO2, SaO2, PaO2: de quoi parle-t-on, exactement ?

Je constate souvent, en consultation, que le mot « saturation » impressionne et que l’on mélange plusieurs notions. La SpO2 est la saturation estimée par l’oxymètre de pouls, donc non invasive et pensée pour le quotidien. La SaO2 est une saturation mesurée de façon plus précise par prélèvement artériel (gazométrie, CO-oxymétrie). La PaO2, elle, est une pression partielle d’oxygène dans le sang artériel, mesurée en mmHg, avec des valeurs normales rapportées autour de 75-100 mmHg ou 80-100 mmHg selon les sources.

Autrement dit: l’oxymètre donne un repère utile, mais il n’épuise pas toute l’histoire. D’autant que la valeur affichée a une marge d’erreur d’environ ±2 %. Une lecture à 94 % peut, en réalité, correspondre à une fourchette approximative de 92 % à 96 %.

Un point plus subtil, mais libérateur: la « quantité d’oxygène transportée » ne dépend pas que de la saturation. Elle dépend aussi de l’hémoglobine. Le contenu artériel en oxygène (CaO2) est souvent présenté ainsi: CaO2 ≈ 1,34 × Hb × SaO2 + 0,0031 × PaO2. Un exemple aide à comprendre l’impact: avec Hb 12 g/dL, SaO2 95 % et PaO2 90 mmHg, on obtient environ 15,6 mL O2/dL. Si la saturation descend à 85 % (avec PaO2 55 mmHg), le CaO2 descend vers 13,8 mL O2/dL, soit une perte d’environ 1,7 mL/dL (environ 11 %). Cela explique pourquoi une SpO2 « correcte » n’exclut pas une anémie, et pourquoi une baisse modérée peut compter selon le contexte.

« Le chiffre rassure ou affole, mais c’est la combinaison valeur, tendance et symptômes qui permet de décider sans s’épuiser. »

 

Quelles valeurs doivent alerter chez une personne âgée ?

 

Dans la vie réelle, les repères varient selon l’âge, l’état général et les maladies chroniques. Pour un adulte en bonne santé, une SpO2 est généralement donnée comme 95-100 %. Sous 95 %, on entre dans une zone de prudence: on répète, on observe, on met le symptôme au centre.

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Chez les seniors, on rencontre fréquemment des valeurs autour de 92-94 %. Certaines sources évoquent aussi 94-99 % si la condition physique est bonne, et chez une personne de plus de 70 ans en bonne santé, une SaO2 à 95 % peut être retrouvée. Le message pratique, pour un senior asymptomatique à 92-94 %: répéter correctement, surveiller, et consulter si cela persiste, s’aggrave, ou si des signes apparaissent.

Pour les maladies chroniques, la nuance est indispensable. Dans la BPCO, des cibles plus basses sont souvent rapportées, avec des recommandations fréquemment citées autour de 88-92 %, mais cela doit être confirmé par le médecin. Et il ne s’agit pas de « compenser » seul: ne pas administrer d’oxygène sans prescription, car l’excès (hyperoxie) peut être délétère.

SpO2 mesurée Repère pratique Action la plus sûre
95-100 % zone habituelle pas d’action spécifique si absence de symptômes
92-94 % surveillance renforcée répéter, vérifier conditions, appeler le médecin si persistance ou signes
90-91 % baisse modérée contact médical rapidement, urgence si symptômes
86-90 % hypoxémie modérée urgence selon symptômes, prise en charge si indiquée
< 85 % hypoxémie sévère appel immédiat au 15, surtout si symptômes

 

Les symptômes: quand le corps parle plus fort que l’écran

Certains signes reviennent souvent: essoufflement, fatigue inhabituelle, confusion, somnolence, vertiges, palpitations, cyanose (lèvres ou ongles bleutés). Et il existe une situation déroutante, qui déstabilise beaucoup les familles: l’hypoxémie silencieuse, où l’on observe peu ou pas de dyspnée malgré une SpO2 basse, décrite surtout dans le contexte de la COVID-19. Cela impose une vigilance particulière chez les personnes âgées.

Un repère simple complète l’oxymètre: la fréquence respiratoire. Une fréquence normale est de 12-16 cycles par minute. Une fréquence autour de 22-24 peut signaler une aggravation (début de pneumonie, détresse respiratoire). Et si la baisse de SpO2 est brutale, si une douleur thoracique apparaît, ou si l’état mental se modifie, la question n’est plus « est-ce grave ? », mais « qui j’appelle maintenant ? ».

Mesurer correctement à la maison: le protocole qui change tout

Une anecdote revient souvent: un proche m’explique avoir mesuré « dix fois de suite », paniqué par des chiffres qui montent et descendent. Dans ces moments-là, ce n’est pas la personne qui « s’affole pour rien », c’est l’incertitude qui devient insupportable. Un protocole stable apaise, parce qu’il rend la mesure comparable.

a pile of measuring tape sitting on top of a table

 

  • Avant la mesure: repos 5 minutes, mains réchauffées si doigts froids, doigt sec, sans vernis ni faux-ongles, éviter les mouvements et la lumière directe.
  • Pendant la mesure: doigt (index ou majeur), attendre la stabilisation 30-60 secondes (ou au moins 1 minute selon l’appareil), retenir la valeur stable au moins 5 secondes.
  • Si la lecture semble douteuse: recommencer après une minute de repos, changer de doigt, ou utiliser une alternative (lobe de l’oreille, orteil) si la perfusion est mauvaise.

Pour le suivi, fiez-vous davantage aux tendances qu’à un chiffre isolé, en gardant en tête la marge d’erreur. Un rythme simple est souvent proposé: au réveil, après une activité dans la journée, au coucher, et à chaque symptôme nouveau.

Oxymètre, montre connectée, gazométrie: fiabilité et pièges

Un oxymètre grand public est un bon outil si l’on connaît ses limites: vernis, ongles épais, mains froides, mouvements, lumière intense peuvent fausser la lecture. Il existe aussi des biais possibles liés à la pigmentation cutanée, demandant une prudence accrue chez les peaux foncées. Enfin, l’oxymètre standard ne distingue pas certaines formes anormales d’hémoglobine comme la carboxyhémoglobine ou la méthémoglobine, ce que seule la CO-oxymétrie peut préciser.

Les montres connectées peuvent aider à voir une tendance, notamment la nuit, mais elles sont généralement moins précises et plus sensibles aux artéfacts. En cas de doute clinique ou de décision urgente, on ne se contente pas d’une montre. Si une confirmation médicale est nécessaire, la gazométrie artérielle reste l’examen de référence, car elle fournit PaO2, SaO2 et peut détecter certaines anomalies.

Choisir un oxymètre et savoir quoi faire si la valeur baisse

Si vous envisagez un achat pour un parent, visez le pragmatisme: précision annoncée autour de ±2 %, conformité (marquage CE, ISO si disponible), affichage lisible, et une garantie claire. Des marques citées dans ce contexte existent, comme Spengler (Oxystart, Oxygo) ou Comed (Pocket, versions adulte-enfant). Les prix rapportés vont d’environ 14,97 € HT (environ 17,96 € TTC) en entrée de gamme à 99,95 € HT (environ 119,94 € TTC) et plus pour du matériel médical, avec une zone intermédiaire autour de 22,5-45,08 € HT (environ 27-54,1 € TTC).

Et si la lecture est basse, gardez un fil d’action très simple. À 92-94 % sans symptôme: on refait une mesure propre après 5 minutes, on note, on surveille, et on appelle le médecin si cela dure 24-48 h ou si ça se dégrade. À 90-91 %, on contacte rapidement. En dessous de 85 %, ou si apparaissent confusion, cyanose, douleur thoracique, essoufflement sévère: appel immédiat au 15. En attendant l’aide, une position assise semi-redressée et une respiration lente et profonde (si possible) peuvent être proposées, et certaines approches posturales existent dans des protocoles spécifiques, mais elles se discutent avec un professionnel.

Si vous accompagnez au quotidien, notez systématiquement l’heure, la SpO2, la fréquence cardiaque, la position et les symptômes: cette trace rend le dialogue médical plus simple, et vous sort du tête-à-tête anxieux avec un chiffre.

Hélène Caradec

Psychologue de métier, avec une dimension spirituelle. Rédactrice en chef.

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