Sommaire
La masturbation féminine n’est ni une anomalie, ni un symptôme de détresse : c’est une manière tout à fait saine d’explorer son corps, de réguler son stress et de mieux comprendre ce qui procure du plaisir. Si elle vous intrigue, vous questionne ou vous gêne, cette ambivalence est légitime.
En bref
- La honte autour de la masturbation féminine vient surtout de siècles de tabous religieux, médicaux et familiaux, pas d’un problème en vous.
- Se masturber favorise la détente, la diminution de l’anxiété, la connaissance de son corps et souvent une meilleure vie sexuelle, seule ou en couple.
- Il n’existe pas de “bonne” technique : le clitoris, la vulve, le vagin et d’autres zones érogènes se découvrent par essai-erreur, curiosité et douceur.
- La masturbation peut être un soutien pour la santé mentale ; elle devient problématique seulement quand elle s’impose comme unique régulateur émotionnel.
Pourquoi la masturbation féminine reste encore un terrain miné
Nous vivons dans une société où les corps féminins sont exhibés partout, mais où le plaisir solitaire des femmes reste encore, bien souvent, tu. Ce paradoxe crée un terrain miné : ce que l’on donne à voir des femmes est hypersexualisé, mais ce qu’elles ressentent réellement, elles, reste relégué au secret.
Historiquement, la sexualité féminine a été surveillée, encadrée, parfois médicalisée. Longtemps, la masturbation a été associée à la déviance, à la pathologie, voire à des menaces fantasmées sur la santé. Les discours moralisateurs ont laissé des traces profondes : honte, culpabilité, peur d’être “trop” ou “pas normale”.
En tant que psychologue, je rencontre régulièrement des femmes qui murmurent : “Je le fais… mais je n’ose pas en parler, même à mes amies.” Elles ne sont pas en détresse parce qu’elles se masturbent, mais parce qu’elles ont appris que ce geste intime serait, d’une manière ou d’une autre, “sale”, “triste” ou “pathétique”. Cette stigmatisation, elle, est un vrai facteur de mal-être.
Que nous disent les chiffres… et ce qu’ils taisent
Les enquêtes de sexualité montrent une progression nette du nombre de femmes déclarant se masturber au fil des décennies. Autrement dit : ce qui était tû ou refusé hier se dit davantage aujourd’hui. Mais les écarts restent importants entre pays, générations et milieux sociaux, signe que les normes culturelles pèsent encore lourd.
| Aspect | Tendance générale | Ce que cela révèle |
|---|---|---|
| Fréquence déclarée | En hausse depuis les années 1970 | Moins de tabou, plus d’acceptation publique |
| Écart femmes / hommes | Les femmes se masturbent toujours moins souvent que les hommes | Persistance de normes de genre sur le “désir féminin” |
| Connaissance du clitoris | Progrès, mais encore des zones d’ombre | L’éducation sexuelle reste centrée sur la pénétration |
| Différences culturelles | Plus forte acceptation dans certains pays d’Europe du Nord | L’influence de l’école, de la religion et du discours public est déterminante |
Ces données confirment ce que je vois en consultation : la masturbation féminine n’est pas rare, elle est simplement moins racontée, moins assumée. Là encore, ce qui fait souffrir n’est pas le geste en lui-même, mais le silence qui l’entoure.
Les bienfaits psychiques et corporels du plaisir solitaire
Se masturber, pour beaucoup de femmes, agit comme un régulateur émotionnel. Orgasme ou non, l’excitation puis la détente s’accompagnent de la libération d’hormones associées au bien-être, à la diminution de la tension musculaire, à l’apaisement. Plusieurs patientes me décrivent ce moment comme une “parenthèse de déconnexion”, parfois la seule de leur journée chargée.
Sur le plan psychique, la masturbation peut :

- réduire l’anxiété et favoriser l’endormissement ;
- renforcer l’estime de soi en installant l’idée : “Je peux être source de mon propre plaisir” ;
- aider à sortir d’un rapport purement utilitaire à son corps, souvent vécu comme un outil de performance ou d’apparence.
Beaucoup rapportent aussi un effet sur les douleurs menstruelles ou les tensions pelviennes : la vasodilatation et les contractions orgasmiques peuvent, chez certaines, atténuer les crampes. Ce n’est pas un médicament, mais une ressource supplémentaire à expérimenter.
“Je constate régulièrement que lorsque les femmes réhabilitent leur plaisir solitaire, elles réhabilitent aussi leur droit à ressentir, à dire non, à dire oui avec plus de clarté. La masturbation devient alors moins un secret honteux qu’un terrain d’exploration de leur liberté intérieure.”
Comprendre son anatomie : au-delà du seul “point G”
Paradoxalement, nous voyons partout des corps nus, mais très peu de représentations correctes de l’anatomie sexuelle féminine. Beaucoup de femmes découvrent tardivement que le clitoris n’est pas qu’un “petit bouton”, mais un organe complexe, avec un gland visible et une partie interne bien plus étendue.
Pour le dire simplement :
Le clitoris est l’organe central du plaisir chez la plupart des femmes. Sa stimulation externe (directe ou indirecte) est au cœur de la majorité des orgasmes, y compris lorsque ceux-ci surviennent lors d’une pénétration. Pour découvrir d’autres formes d’orgasme, notamment celui sans stimulation manuelle, consultez notre article sur l’orgasme sans les mains, un sujet que seuls 3% des femmes connaissent !
La vulve, le vagin, le périnée, la zone dite “point G”, les seins, le cou, le bas du dos… peuvent également être érogènes. Mais il n’existe aucune carte universelle : certaines zones seront neutres pour l’une, très sensibles pour l’autre. Autrement dit : si vous n’aimez pas ce qui est “censé” plaire à toutes, vous n’êtes pas anormale, vous êtes singulière.
Techniques : comment explorer sans se juger
Alors ne tournons plus autour du pot : beaucoup de femmes se demandent “comment faire” et n’osent pas poser la question, de peur d’avoir “raté une étape”. Il n’y a pourtant pas de diplôme de masturbation à décrocher.
Je précise qu’il est important de différencier deux choses : l’exploration sensorielle (ce qui vous fait du bien) et la performance (atteindre l’orgasme coûte que coûte). La première ouvre, la seconde peut enfermer.

Parmi les possibilités, souvent évoquées en consultation :
Stimulation manuelle : caresses du clitoris, de la vulve, du vestibule vaginal, avec la pulpe des doigts, parfois en variant la pression, la vitesse, le rythme. Un lubrifiant peut augmenter nettement le confort et le plaisir.
Pressions, frottements, “humping” : se frotter contre un coussin, un dossier de chaise, le bord d’un matelas… Beaucoup de femmes ont découvert la masturbation ainsi, enfants ou adolescentes, sans y mettre de mots. Ce mode de stimulation reste parfois, à l’âge adulte, celui qui fonctionne le mieux.
Positions et respiration : allongée sur le dos, sur le ventre, à genoux, assise… changer de position modifie les sensations. La respiration joue aussi un rôle : retenir son souffle peut bloquer la montée de l’excitation, alors qu’accompagner ce qui se passe en respirant profondément permet souvent de se laisser davantage traverser.
Imaginaire, fantasmes, supports : certaines ont besoin d’images, d’histoires érotiques, d’un souvenir ; d’autres pas. Là encore, pas de bonne manière de faire, tant que vous restez en accord avec vous-même et que cela ne heurte pas vos valeurs internes.
Sextoys : prothèses du plaisir ou outils d’exploration ?
Les accessoires érotiques font désormais partie du paysage. Ce qui change, ce n’est pas que “les femmes se masturbent plus qu’avant”, mais qu’elles ont à disposition un éventail d’objets pensés pour leur plaisir : stimulateurs clitoridiens, vibromasseurs, jouets pénétrants, plugs, etc.
Je remarque deux bénéfices fréquents :

- Ils dédramatisent la masturbation, qui devient une activité assumée, parfois même ludique.
- Ils permettent d’explorer d’autres types de sensations (vibrations, succion, pression) impossibles manuellement.
Choisir un sextoy de qualité (matériaux sûrs, ergonomie, possibilité de le nettoyer facilement) n’est pas un détail : c’est une question de santé, mais aussi de confiance. Beaucoup de femmes utilisent ces objets seules, mais aussi en couple, comme un prolongement du jeu érotique plutôt qu’un concurrent du partenaire.
Masturbation, santé mentale et risque de dérive compulsive
La masturbation peut agir comme une soupape émotionnelle : diminuer le stress, aider à traverser une période de solitude, soutenir la régulation de l’humeur. Cela ne remplace pas une psychothérapie lorsque la souffrance est profonde (dépression, trauma, sentiment de vide), mais cela peut s’inscrire dans un ensemble de ressources personnelles.
La question qui revient souvent est : “À partir de quand est-ce que c’est trop ?” Là encore, ce n’est pas la fréquence qui fait problème, mais la place que la masturbation prend dans votre vie. Quelques repères d’alerte :
Vous vous sentez dans l’impossibilité de vous apaiser autrement ; vous vous masturbez de manière répétée alors que vous n’en avez ni l’envie ni le temps, avec de la détresse après coup ; vos activités, votre sommeil ou vos relations sont régulièrement mis de côté à cause de cela. Dans ce cas, nous ne parlons plus simplement de plaisir, mais d’un comportement potentiellement compulsif, qui mérite d’être accompagné dans un espace thérapeutique.
Et en couple : trahison, concurrence… ou langage supplémentaire ?
L’un des éléments les plus douloureux que rapportent les personnes en couple, c’est la découverte de la masturbation de leur partenaire comme une “preuve” de manque de désir pour elles. Soyons clair : se masturber en couple n’est pas le signe d’un échec conjugal automatique.
La masturbation ne remplace pas l’autre ; elle répond à un autre registre : intimité avec soi, gestion du stress, curiosité, besoin de fantasmer sans filtre. Ce qui fait souffrir, ce n’est pas l’acte solitaire en lui-même, mais le secret, la peur d’en parler, et parfois, la question de se sentir normal d’aimer sans avoir envie, ainsi que les interprétations catastrophistes.
Mettre des mots sur ses pratiques peut, au contraire, nourrir la relation : partager ce que l’on aime, ce qui fonctionne, ce que l’on ne sait pas encore. La masturbation mutuelle, pour certains couples, devient un espace d’exploration sans pression de performance, où chacun observe et apprend le langage du corps de l’autre.
Vers une sexualité plus libre : se réapproprier son désir
Parler de masturbation féminine, c’est parler de droit au plaisir, mais aussi de droit à la pudeur, au refus, au rythme personnel. Vous n’avez pas à vous forcer à vous masturber pour “cocher une case féministe”, pas plus que vous n’avez à vous en priver pour respecter une norme familiale ou religieuse intériorisée si elle vous fait souffrir.
Votre curiosité est légitime. Votre gêne l’est aussi. Vous pouvez avancer à votre rythme, avec information, douceur et auto-compassion. Et si le poids de la honte, d’un trauma ou d’une éducation très restrictive rend cette exploration trop angoissante, être accompagné·e par un·e thérapeute formé·e à la sexologie peut offrir un espace contenant pour détricoter ces interdits et vous reconnecter, peu à peu, à votre corps désirant.
Laisser un commentaire