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Pourquoi j’ai des pertes blanches tous les jours et que faire

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Oui, on peut avoir des pertes blanches tous les jours sans que cela signe une maladie. La question n’est pas tant la fréquence que l’association éventuelle à des signes qui, eux, orientent vers une infection ou une autre cause qui mérite un examen et, parfois, des prélèvements.

En bref

  • Des pertes blanches ou translucides, sans odeur, sans démangeaisons ni brûlures sont souvent physiologiques.
  • Consultez si l’aspect change (gris, jaune, vert), s’il existe une odeur nauséabonde, des brûlures à la miction, des douleurs pelviennes, de la fièvre ou des saignements inhabituels.
  • Si cela revient souvent (plus de deux fois en 6 mois), un bilan est indiqué, plutôt que de répéter des traitements à l’aveugle.
  • En cas d’absence de règles avec pertes blanches, commencez par un test de grossesse, puis consultez si le doute persiste.

Ce que recouvrent vraiment les « pertes blanches »

On les appelle « pertes blanches », mais il s’agit surtout de sécrétions vaginales non sanglantes produites par la muqueuse vaginale et par la glaire cervicale, présentes de la puberté à la ménopause. Elles ont un rôle: lubrifier, participer à la protection de la flore (notamment via les bacilles de Doderlein) et contribuer à une forme d’auto-nettoyage. Autrement dit: en avoir, c’est souvent le signe que le système fait son travail.

En consultation, je constate que ce qui inquiète le plus n’est pas tant la quantité que la sensation de ne « plus reconnaître » ce qui est habituel. C’est compréhensible: le corps change au fil du cycle, des contraceptions, des périodes de vie. Et quand personne ne nous a expliqué ces variations, tout devient suspect.

Quand des pertes quotidiennes sont normales

 

Des pertes peuvent être quotidiennes et rester physiologiques si elles sont blanches ou translucides, sans odeur, et qu’elles ne s’accompagnent ni de démangeaisons ni de brûlures. Leur aspect peut varier au cours du cycle: autour de l’ovulation, elles deviennent souvent plus abondantes et filantes, avec un aspect type « blanc d’œuf », classiquement entre le 11e et le 16e jour.

D’autres contextes peuvent augmenter ou modifier ces pertes sans que ce soit pathologique: une contraception hormonale (pilule, DIU hormonal) peut changer le flux et les règles, et la grossesse s’accompagne fréquemment d’une augmentation des pertes (bouchon muqueux), tant qu’il n’y a pas de signes infectieux associés.

Pour vous repérer, ayez le réflexe de remettre ces pertes dans leur contexte: moment du cycle, rapports récents, prise d’antibiotiques, et utilisation de nouveaux produits (savons, gels, culottes menstruelles). Ce n’est pas « psychologique », c’est clinique: sans ce contexte, on interprète vite de travers.

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Les signes qui doivent faire consulter sans tarder

Soyons clair: ce sont les changements et les symptômes associés qui comptent. Une consultation est indiquée si vous observez une couleur grisâtre, jaunâtre ou verdâtre, une odeur nauséabonde (souvent décrite « poisson »), un prurit important, des brûlures à la miction, des douleurs pelviennes, de la fièvre, ou des saignements inhabituels.

Autre repère très concret: quand cela récidive. Si les épisodes reviennent plus de deux fois en 6 mois, il est préférable de sortir de l’autodiagnostic et de demander un bilan plus approfondi. Et certaines situations doivent passer en priorité: grossesse, adolescence avant 16 ans, après 60 ans, ainsi que les personnes immunodéprimées ou diabétiques.

Enfin, si vous n’avez plus vos règles et que vous avez des pertes blanches, commencez par un test de grossesse. Si le doute persiste, une prise de sang HCG peut être proposée, et, selon les situations, un bilan hormonal (œstrogènes, progestérone, LH, FSH).

Les causes les plus fréquentes, à reconnaître sans s’affoler

Alors ne tournons plus autour du pot: il existe des tableaux assez typiques, même si rien ne remplace l’examen. L’objectif n’est pas de vous transformer en spécialiste, mais de vous aider à décider: « j’observe, j’attends, je consulte, ou je fais des tests ».

Ce que vous remarquez Cause possible Indices associés Ce qu’on confirme en pratique
Pertes épaisses, crémeuses, type « yaourt » ou « lait caillé » Mycose (candidose) Démangeaisons intenses, irritation, brûlures à la miction, douleur pendant les rapports Examen, parfois prélèvement avec microscopie (hyphes, levures)
Pertes fluides, grisâtres Vaginose bactérienne Odeur « poisson », souvent plus marquée après un rapport pH > 4,5, test au KOH (« whiff »), microscope (clue cells), score de Nugent
Pertes verdâtres, mousseuses Trichomonase (IST) Démangeaisons, irritation, odeur particulière Examen direct, PCR/NAAT, culture possible
Pertes jaunâtres purulentes IST (gonorrhée, chlamydia) Brûlures mictionnelles, douleurs pelviennes possibles PCR/NAAT, parfois culture, sérologies selon risque

 

Du côté de la mycose, certains contextes favorisent l’apparition: antibiotiques, diabète, grossesse, hygiène intime agressive, vêtements serrés, et parfois un partenaire porteur. Le diagnostic repose sur l’examen, et un prélèvement vaginal peut être utile si le tableau n’est pas net. Le traitement se fait par antifongiques (locaux, parfois oraux selon l’indication). Une guérison est attendue en environ 8 jours lorsque le traitement est bien conduit.

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La vaginose bactérienne, elle, se repère souvent à l’odeur « poisson » et à des pertes plus fluides, grisâtres. Les tests s’appuient notamment sur le pH vaginal (souvent > 4,5), un test au KOH et l’observation au microscope. Le traitement repose sur des antibiotiques adaptés comme le métronidazole (voie locale ou orale selon les situations). L’enjeu est d’éviter les récidives et, chez la femme enceinte, certaines complications obstétricales possibles si ce n’est pas pris en charge.

La trichomonase et certaines IST peuvent aussi se manifester par des pertes anormales. Dans ces cas, on s’oriente vers des tests PCR/NAAT (notamment pour chlamydia, gonocoque, trichomonas), et, selon le risque, des sérologies (HIV, syphilis, hépatite B). Je précise qu’il est important de différencier un trouble local gênant d’une infection transmissible: la conduite à tenir, notamment pour le ou la partenaire, n’est pas la même.

Ce qu’on oublie souvent de vérifier

Paradoxalement, ce qui met le plus en difficulté, ce sont les causes « moins visibles » qui traînent parce qu’on n’y pense pas. Un corps étranger (tampon oublié) ou un DIU mal positionné peut donner des pertes malodorantes, parfois purulentes, et impose un examen et un retrait si nécessaire. Une atteinte du col comme un ectropion cervical ou une cervicite peut s’accompagner de pertes glaireuses, parfois sanglantes, et se suspecte à l’examen gynécologique, avec parfois colposcopie et prélèvements cervicaux (dont PCR pour chlamydia et gonocoque).

Dans certains cas, on explore aussi une endométrite chronique devant des pertes post-menstruelles anormales, des douleurs pelviennes, ou une infertilité possible, avec un bilan gynécologique pouvant inclure échographie et biopsie si elle est suspectée. Et après 60 ans, on ne raisonne pas de la même manière: une atrophie post-ménopausique peut donner des symptômes de sécheresse et d’irritation, et nécessite une évaluation adaptée.

Examens: à quoi servent-ils, et quoi demander

Quand les pertes ne sont plus « neutres », il est logique de vouloir une preuve, un nom, une direction. C’est exactement le rôle des examens, à condition de les mettre en face de vos symptômes. Le pH vaginal est un premier repère: un pH normal est ≤ 4,5, et un pH > 4,5 oriente plutôt vers vaginose bactérienne ou trichomonase. Le test au KOH (dit « whiff ») cherche une odeur « poisson » qui soutient l’hypothèse de vaginose.

Epithelial Tissues: Stratified Squamous Epithelium

 

Le prélèvement vaginal observé au microscope peut montrer des clue cells (vaginose), des hyphes ou levures (candidose), ou des trichomonades mobiles (trichomonase). Pour les IST, les tests PCR/NAAT sont particulièrement sensibles pour chlamydia, gonocoque et trichomonas. Et selon le contexte, une culture ou des sérologies complètent l’enquête.

Que faire, concrètement, dès maintenant

Une patiente me disait: « je ne sais même plus ce qui est normal chez moi ». C’est un excellent point de départ, parce qu’il appelle une méthode plutôt qu’une culpabilisation. L’idée est simple: observer, éviter ce qui aggrave, et consulter de façon préparée.

  • À la maison: faites un test de grossesse si retard ou absence de règles, évitez les douches vaginales et les savons agressifs, privilégiez des sous-vêtements en coton et évitez les vêtements synthétiques serrés.
  • Automédication: elle peut se discuter uniquement devant un tableau très typique de candidose sans facteur de risque. En cas d’échec, de doute, de grossesse, de récidives, ou de signes évoquant une IST, mieux vaut consulter.
  • Le jour du rendez-vous: demandez un examen gynécologique et, selon l’orientation, pH, test au KOH, microscopie, PCR/NAAT, culture, et sérologies selon risque. Si une IST est diagnostiquée, le traitement et le dépistage des partenaires font partie de la prise en charge.

Quand il s’agit d’intimité, nous avons tendance à nous taire et à endurer. Pourtant, observer sans se juger, puis demander un examen quand quelque chose change, c’est souvent ce qui permet de retrouver vite de la sécurité.

 

Si ça revient souvent: sortir du cycle « traitement, doute, re-traitement »

Quand les épisodes dépassent deux fois en 6 mois, le message du corps mérite une réponse plus structurée. On recherche alors des facteurs favorisants comme un diabète (avec bilan glycémique), une immunodépression, des localisations extra-vaginales possibles (bouche, plis, ongles) dans certains tableaux de candidoses récidivantes, et on discute un examen du partenaire. C’est aussi le moment où une culture plus approfondie, un examen gynécologique complet, ou une orientation vers gynécologue ou infectiologue peut éviter des mois d’inconfort.

Et si vous ressentez une culpabilité, parce que « ça revient encore », je vous le dis avec fermeté et douceur: la récidive n’est pas un échec moral. C’est souvent un signe que le diagnostic initial était incomplet, ou que des facteurs de terrain n’ont pas été identifiés. La bonne décision est celle qui vous remet en mouvement vers un avis, des tests, et un traitement adapté, plutôt que vers le silence.

Hélène Caradec

Psychologue de métier, avec une dimension spirituelle. Rédactrice en chef.

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