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Oui, on peut faire un infarctus ou un arrêt cardiaque en portant un pacemaker. Un pacemaker sert d’abord à corriger certains troubles du rythme lents (bradycardies) et à éviter des malaises liés à une fréquence trop basse, mais il ne « débouche » pas les artères coronaires et ne remplace pas un défibrillateur.
En bref
- Pacemaker: aide le coeur à battre assez vite, surtout en cas de bradycardie, mais ne prévient pas directement l’infarctus.
- Défibrillateur (DAI/ICD): peut délivrer un choc pour arrêter une fibrillation ventriculaire, ce que le pacemaker ne fait pas.
- Avec un pacemaker, les signes d’alerte (douleur thoracique, essoufflement nouveau, malaise) restent à prendre au sérieux: on appelle les secours et on signale le dispositif.
- Le suivi et les réglages (et parfois la question d’un DAI) se discutent avec le rythmologue, selon le risque d’arythmie ventriculaire.
Pacemaker: ce qu’il fait, et ce qu’il ne peut pas faire
Dans mon cabinet, j’entends régulièrement cette phrase, dite à mi-voix comme si elle était « trop naïve »: « Si j’ai un pacemaker, je suis protégé contre la crise cardiaque, non ? ». La question est légitime. Elle dit l’espoir d’être enfin à l’abri, et aussi la fatigue de vivre avec l’incertitude.
Un pacemaker envoie des impulsions électriques pour maintenir une fréquence cardiaque suffisante. Son objectif principal est de prévenir une bradycardie symptomatique, de réduire les syncopes et les malaises, et d’améliorer la qualité de vie. Il est notamment utilisé en cas de bloc auriculo-ventriculaire, de dysfonction sinusale (syndrome du sinus malade), de bradycardie symptomatique ou de syncope d’origine électrique. Dans la pratique, l’appareil est programmé pour garantir une fréquence minimale, souvent autour de 50 ou 60 battements par minute, avec des plages qui peuvent aller, selon la programmation, entre 50 et 100 battements par minute.
Ce que le pacemaker ne fait pas est tout aussi important: il ne traite pas une obstruction coronarienne. Il ne supprime ni le risque d’ischémie myocardique ni celui de thrombose coronaire. Autrement dit: il agit sur l’électricité du coeur, pas sur les artères qui l’irriguent.
Infarctus ou arrêt cardiaque: deux urgences, deux mécanismes
Quand on dit « crise cardiaque », on mélange souvent deux réalités différentes, et cette confusion entretient l’angoisse. Un infarctus survient quand le flux sanguin dans une artère coronaire est interrompu ou sévèrement réduit, par exemple après rupture de plaque et formation d’un thrombus: le muscle cardiaque manque d’oxygène, puis se nécrose. La prise en charge vise la reperfusion, notamment par coronarographie et angioplastie.
Un arrêt cardiaque d’origine rythmique, lui, peut être lié à un trouble électrique aigu comme une fibrillation ventriculaire ou une tachycardie ventriculaire: le coeur ne pompe plus efficacement. Dans ce cas, un défibrillateur peut rétablir un rythme efficace via un choc. Cette distinction est décisive pour comprendre pourquoi pacemaker et défibrillateur ne sont pas interchangeables.

Pourquoi on peut faire un infarctus même avec un pacemaker
Soyons clair: porter un pacemaker n’empêche pas de développer une douleur thoracique à l’effort, un angor, ou un infarctus, exactement comme n’importe qui. Le dispositif peut stimuler parfaitement, et pourtant une thrombose coronaire peut survenir. Certains symptômes peuvent même être plus discrets chez des personnes âgées ou diabétiques, ce qui impose une vigilance accrue.
Il existe aussi des situations où l’ischémie touche le tissu de conduction et perturbe le fonctionnement électrique: la stimulation peut alors nécessiter un réglage temporaire. Dans des tableaux plus complexes, des arythmies ventriculaires associées peuvent amener l’équipe à réévaluer la stratégie. Et sur le plan du quotidien, le message est souvent difficile à entendre, parce qu’il contredit l’idée d’un « bouclier »: le pacemaker ne donne pas un laissez-passer pour relâcher la prévention des facteurs de risque coronariens comme l’hypertension, le tabac, le diabète ou les lipides.
Pacemaker ou défibrillateur (DAI/ICD): ne pas confondre protection et surveillance
Un DAI (ICD) est, schématiquement, un pacemaker auquel s’ajoute la capacité de délivrer un choc électrique puissant pour interrompre une fibrillation ventriculaire. Il est plus volumineux et s’accompagne de risques spécifiques, comme des chocs inappropriés.
Quand en parler avec l’équipe de rythmologie ? Les indications exactes reposent sur des recommandations internationales et sur votre situation. Mais certaines circonstances imposent une discussion: antécédent d’arrêt cardiaque, risque élevé d’arythmie ventriculaire, diminution importante de la fraction d’éjection, certaines cardiomyopathies, syncopes inexpliquées malgré la stimulation, ou arythmies ventriculaires documentées. Parfois, chez des personnes avec insuffisance cardiaque et désynchronisation électrique, une resynchronisation (CRT) peut être envisagée, et il existe des dispositifs combinés CRT-D qui associent resynchronisation et défibrillation.
Signes d’alerte: quoi surveiller, quoi faire tout de suite
L’un des éléments les plus douloureux que rapportent les proches, après coup, est d’avoir « hésité »: peur de déranger, peur d’exagérer, peur d’avoir mal interprété. Le corps, lui, n’attend pas. Si un symptôme vous inquiète, vous avez le droit d’agir vite.

- Appeler les secours en cas de douleur thoracique intense, pression en étau, irradiation (bras, joue), essoufflement nouveau, sueurs froides, malaise sévère ou perte de connaissance.
- Chez les personnes âgées ou diabétiques, rester attentif à des signes plus atypiques comme nausées, fatigue extrême ou confusion.
- Préciser d’emblée que la personne est porteuse d’un pacemaker, présenter la carte de porteur si possible, et éviter de conduire soi-même en cas de suspicion d’infarctus grave.
À l’hôpital, la prise en charge de l’infarctus reste la même: ECG, troponine, examens d’imagerie, coronarographie si nécessaire. Le pacemaker ne change pas les gestes de réanimation, mais il peut rendre l’ECG moins lisible car les complexes stimulés peuvent masquer des signes d’ischémie. C’est là que la troponine et l’échocardiographie gardent toute leur valeur, et que la coordination entre cardiologie interventionnelle et rythmologie peut compter.
Chiffres pratiques: ce que les patients veulent vraiment savoir
| Point concret | Ordre de grandeur | Ce qui peut faire varier |
|---|---|---|
| Durée d’une implantation | en moyenne 45 min, parfois 1 à 2 h | complexité (leadless, CRT), organisation du centre |
| Taille de l’incision | souvent 3 à 4 cm (parfois 3 à 5 cm ou 4 à 5 cm) | technique, morphologie, type de dispositif |
| Taille du boîtier | environ 4 cm (parfois cité 5 cm) | modèle, miniaturisation |
| Retour à domicile | le jour même possible, sinon 1 à 3 jours de surveillance | profil du patient, pratiques du centre |
| Suivi | contrôle à 1 à 2 mois, puis tous les 6 mois à 1 an (souvent annuel) | modèle, indication, télésurveillance selon centres |
| Durée de batterie | souvent 7 à 12 ans ou 8 à 12 ans, parfois 5 à 15 ans | modèle, mode de stimulation, usage |
| Complications globales | de l’ordre de 5 %, ou moins de 5 % | terrain, type d’implantation, aléas techniques |
Risques du pacemaker: s’informer sans s’effrayer
Parler des complications n’a pas pour but d’inquiéter, mais de redonner du pouvoir d’action. Globalement, elles surviennent dans moins de 5 % des cas, ou de l’ordre de 5 % selon les sources. On retrouve notamment: hématome de la loge, pneumothorax pouvant nécessiter un drainage, déplacement de sonde demandant un repositionnement, infection de la loge ou des sondes (parfois quelques semaines à mois après), dysfonction du matériel (pile, sondes). Quand un remplacement du boîtier est nécessaire, il est généralement plus simple que la première implantation, et les sondes sont souvent conservées si elles ne posent pas de problème.
Un dispositif cardiaque peut sécuriser un aspect de votre rythme, mais il n’a pas vocation à porter, à lui seul, toute la charge de votre tranquillité. Ce qui apaise vraiment, c’est de savoir quoi surveiller, quoi faire et à qui poser ses questions.
Vivre avec un pacemaker: des précautions simples, à personnaliser
Pour la vie quotidienne, il existe des consignes générales, mais aussi des nuances selon les modèles. Par exemple, la plupart des micro-ondes et téléphones portables sont généralement compatibles avec une vie normale, tout en sachant qu’une recommandation plus stricte de distance de 15 cm est parfois mentionnée: d’où l’intérêt de vérifier la notice du fabricant et l’avis du rythmologue. Pour les plaques à induction, une recommandation souvent citée est de garder un mètre entre la plaque et l’épaule porteuse.
Pour les portiques de sécurité, l’idée est d’éviter un contact prolongé, de porter la carte de porteur et de signaler le dispositif. Pour l’IRM, une croyance rassurante circule, mais elle est trop générale: la compatibilité dépend du boîtier et des sondes, et un réglage préalable par le rythmologue est souvent nécessaire. Enfin, la cicatrisation locale est souvent estimée autour de 15 jours, et les activités sollicitant l’épaule sont habituellement encadrées avec une prudence de 4 à 6 semaines.
Si une question vous revient en boucle, notamment « ai-je besoin d’un défibrillateur ? », elle mérite d’être posée telle quelle. Non pas pour chercher une promesse de risque zéro, mais pour obtenir une réponse ajustée à votre histoire médicale, à vos examens et à vos ressentis.
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