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Après une fracture de vertèbre lombaire, la question qui revient le plus souvent n’est pas « quel est le bon traitement ? », mais « combien de temps vais-je mettre à m’en remettre ? ». Quand la douleur est vive et que chaque mouvement inquiète, nous avons besoin de repères concrets: ce qui se joue dans les premières semaines, ce qui est attendu à 2 mois, et ce qui doit faire reconsulter sans attendre.
En bref
- Une fracture lombaire stable consolide le plus souvent en 6 à 12 semaines, avec un remodelage qui se poursuit sur 3 à 12 mois ou plus.
- Une fracture instable ou déplacée nécessite plus souvent une chirurgie, avec une consolidation plutôt de 3 à 6 mois, parfois davantage.
- La vertébroplastie ou la cyphoplastie peut soulager la douleur rapidement, mais n’annule pas le temps de cicatrisation osseuse.
- Faiblesse d’une jambe, engourdissements durables, troubles urinaires ou fécaux, douleur nocturne croissante, fièvre inexpliquée: réévaluation immédiate.
Ce que « guérir » veut dire, concrètement
Un mot, plusieurs réalités. Guérir, ce n’est pas seulement voir l’os « réparé » à l’imagerie. C’est aussi récupérer de la mobilité, du sommeil, une confiance corporelle, et la possibilité de reprendre ses activités sans peur constante. En consultation, je rencontre régulièrement des personnes qui se sentent « en retard » parce qu’elles ont encore mal alors que la date des 6 semaines approche. Je les rassure: la consolidation a ses étapes, et le vécu de la douleur ne suit pas toujours un calendrier parfaitement linéaire.
Les délais de guérison les plus fiables
La réparation osseuse suit des phases relativement constantes. La phase inflammatoire s’étend globalement de J1 à J14. La consolidation devient souvent visible à partir de la 6e à la 8e semaine, et pour une fracture lombaire stable, elle se situe fréquemment entre 6 et 12 semaines. Ensuite vient le remodelage, un travail plus long, sur 3 à 12 mois ou plus, où l’os et les tissus s’adaptent.
Pour une fracture instable ou déplacée, la trajectoire change: la consolidation est plutôt de 3 à 6 mois, parfois 3 à 12 mois selon la complexité. La récupération fonctionnelle courante pour les activités de base est souvent autour de 3 à 4 mois, avec un retour au sport pouvant aller jusqu’à 12 mois si la situation est sévère. Après 65 ans, la consolidation peut dépasser 12 semaines.
« Ce n’est pas votre volonté qui manque quand le corps ralentit, c’est le corps qui fait son travail. Notre rôle est de l’aider sans le brusquer. »
Examens: à quel moment et pour quoi faire
La radiographie est souvent l’examen de première intention, suffisante pour poser un diagnostic initial. Le scanner est utile en cas de doute sur le trait de fracture, pour un bilan osseux plus détaillé, pour évaluer un déplacement, ou préparer une prise en charge chirurgicale. L’IRM sert notamment à préciser l’ancienneté (recherche d’œdème) et à explorer une suspicion d’atteinte neurologique, ce qui aide aussi à dater la fracture.

- J0: radiographie, scanner si doute ou traumatisme majeur.
- J0 à J14: IRM si besoin de dater la fracture ou en présence de signes neurologiques.
- 6 à 8 semaines: radiographie de contrôle, moment où la consolidation devient souvent visible.
Un principe simple guide la suite: toute fracture vertébrale nécessite un avis chirurgical rapide pour choisir entre traitement conservateur, cimentoplastie (vertébroplastie ou cyphoplastie), chirurgie et rééducation.
Traitement conservateur: ce que l’on fait, semaine après semaine
Quand la fracture est stable et sans compression neurologique, le traitement est le plus souvent non chirurgical. Il repose sur l’analgésie, parfois un corset et une rééducation progressive ; le cas échéant, la prise en charge doit aussi tenir compte de la pose, retrait et soins de la sonde JJ. Côté médicaments, la base peut être le paracétamol, souvent 1 g x 3, en respectant un maximum de 3 g/j (ou jusqu’à 4 g/j selon avis médical). Des AINS peuvent être proposés, en alternance avec le paracétamol, avec une règle de sécurité claire : ne pas associer AINS + AINS, et éviter les spécialités combinées contenant du paracétamol sans comptage précis. Si la douleur reste incontrôlée, une escalade peut aller vers des opioïdes palier II, voire palier III sous surveillance.
Le corset peut être prescrit pour limiter certains mouvements, diminuer la douleur et permettre la consolidation, avec une immobilisation stricte typique autour de 3 mois selon l’ordonnance.
La kinésithérapie s’organise généralement par paliers. Les deux premières semaines visent le contrôle de la douleur, la respiration, la marche douce fractionnée. Puis viennent l’activation des muscles profonds (transverse, multifides) et les gestes « dos droit ». À partir de S5-S6, le gainage est progressif, puis on travaille la stabilité dynamique et l’introduction de charges légères selon tolérance, avec une progression graduelle.
Interventions: vertébroplastie, cyphoplastie, chirurgie
La vertébroplastie et la cyphoplastie consistent à injecter un ciment osseux (polyméthylméthacrylate) pour stabiliser rapidement, la cyphoplastie utilisant un ballon pour restaurer de la hauteur. Elles sont discutées surtout quand la fracture est très douloureuse, souvent sur terrain ostéoporotique, et réfractaire au traitement médical. Leur effet sur la douleur peut être très rapide, avec une hospitalisation parfois courte, mais elles n’accélèrent pas la cicatrisation osseuse et augmentent statistiquement le risque de nouveaux tassements adjacents. Un contrôle clinique et radiographique est classiquement prévu à 4 à 6 semaines.

La chirurgie (ostéosynthèse, arthrodèse, techniques mini-invasives) devient prioritaire en cas de fracture instable ou déplacée, ou s’il existe une compression neurologique nécessitant décompression et stabilisation. La récupération est plus longue, avec des risques opératoires plus élevés (infection, hémorragie, lésion nerveuse, caillots).
| Option | Indication | Effet sur la douleur | Temps de consolidation typique | Suivi |
|---|---|---|---|---|
| Conservateur | Fracture stable, sans compression neurologique | Progressif | 6 à 12 semaines (stable) | Radio à 6 à 8 semaines |
| Vertébroplastie / cyphoplastie | Douleur importante réfractaire, souvent ostéoporose | Souvent très rapide | Ne change pas la durée de cicatrisation osseuse | Contrôle à 4 à 6 semaines |
| Chirurgie (stabilisation) | Instabilité, déplacement, déficit neurologique | Variable | 3 à 6 mois, parfois 3 à 12 mois | Rééducation adaptée, surveillance clinique |
Reprendre les activités sans se mettre en danger
Les repères de reprise dépendent de la douleur, de la stabilité et du traitement. À titre indicatif, un travail sédentaire est souvent envisageable entre S6 et S12 selon le poste et la douleur. La conduite est souvent discutée autour de 6 à 8 semaines pour une fracture stable, avec validation médicale. Les activités sportives reviennent plus tard: nage douce vers 3 à 4 mois, vélo stationnaire vers 4 à 5 mois, sports à impact modéré vers 6 à 8 mois, sports à torsion ou contact vers 9 à 12 mois.
Quand s’inquiéter: les signaux d’alerte
- Faiblesse d’une jambe, engourdissements durables.
- Troubles urinaires ou fécaux.
- Douleur nocturne qui augmente, ou fièvre inexpliquée.
Ces signes justifient une réévaluation immédiate et, si besoin, une ré-imagerie. Les complications neurologiques graves sont rares, surtout hors traumatisme majeur, mais une fracture instable non traitée peut exposer à des atteintes sévères.
Après le choc: penser aussi à la prévention secondaire
Une fracture vertébrale, surtout en contexte d’ostéoporose, demande souvent un temps d’après-coup: non pas pour « dramatiser », mais pour réduire le risque de récidive. Une ostéodensitométrie (DEXA) est recommandée idéalement dans les 6 à 12 semaines si c’est cliniquement possible. Selon le bilan et la situation, des traitements peuvent être discutés (bisphosphonates, tériparatide, denosumab), avec une initiation programmée après stabilisation et sans arrêt brutal sans avis médical. L’alimentation et la récupération participent aussi au terrain de consolidation: protéines (1,2 à 1,6 g/kg/j), calcium (1000 à 1200 mg/j) et vitamine D (800 à 2000 UI/j selon bilan), et un sommeil de 7 à 9 h quand c’est possible.
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