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Après une agression physique, on se sent souvent sonné, envahi par la peur, parfois même coupable de « ne pas avoir réagi comme il fallait ». Ce que je veux vous dire d’emblée, en tant que psychologue, c’est que cet état de sidération est fréquent. Et qu’il existe une feuille de route simple, priorisée, pour reprendre la main: sécurité d’abord, soins ensuite, preuves et démarches dans la foulée.
En bref
- Se mettre à l’abri et appeler les secours adaptés: 15, 18, 17, 112, ou 114 si vous ne pouvez pas parler.
- Faire constater vos lésions rapidement (idéalement en UMJ) et obtenir un certificat médical initial (CMI) avec une ITT chiffrée en jours.
- Préserver et rassembler les preuves: photos brutes, vêtements, coordonnées de témoins, messages, vidéos, vidéosurveillance.
- Porter plainte (plutôt qu’une main courante) et envisager partie civile et/ou indemnisation (CIVI, FGTI, SARVI) selon votre situation.
Les numéros à composer selon l’urgence
Quand on vient d’être agressé, l’esprit cherche des repères. Gardez celui-ci: un appel bien orienté vaut souvent mieux qu’une longue hésitation.
- 15 (SAMU): urgence médicale.
- 18 (pompiers): danger, besoin d’intervention rapide.
- 17 (police-gendarmerie): infraction en cours, danger immédiat.
- 112: numéro d’urgence européen.
- 114: si vous ne pouvez pas parler, service gratuit 24 h/24 et 7 j/7.
- 116 006: aide aux victimes, appel gratuit, tous les jours de 9 h à 20 h.
- 119: enfance en danger, appel gratuit et confidentiel, 24 h/24 et 7 j/7.
- Tchat en temps réel pour les moins de 21 ans: 7 j/7 de 15 h à 21 h.
Dans les 0 à 60 minutes: reprendre le contrôle, étape par étape
Quand l’adrénaline retombe, une question revient: « Qu’est-ce que je fais maintenant ? » Ne tournons plus autour du pot: dans l’immédiat, votre priorité est de sortir du danger, puis de poser des jalons concrets pour la suite.
1) Mettez-vous à l’abri. Si la menace persiste, éloignez-vous, entrez dans un lieu public sûr, demandez de l’aide autour de vous.
2) Appelez. Si l’infraction est en cours ou si l’auteur est encore là: 17. Si vous êtes en détresse médicale, ou face à une perte de connaissance, un saignement incontrôlé, des difficultés respiratoires: 15. Si vous ne pouvez pas parler: 114. Et si vous ne savez pas quel service joindre: 112.
3) Dites l’essentiel. Un script simple suffit: « Je suis victime d’une agression. Je suis à telle adresse. J’ai telles blessures. L’auteur est (ou n’est pas) sur place. Il y a (ou non) des témoins. »
4) Si un témoin est là, demandez-lui de rester. Relevez son nom et son téléphone. Une déclaration écrite courte, datée et signée, peut ensuite faire une vraie différence.
5) Ne “nettoyez” pas ce qui peut servir de preuve. Si vous envisagez une démarche judiciaire, évitez de vous doucher tout de suite, et conservez vos vêtements tels quels, de préférence dans un sac papier.
6) Photographiez immédiatement. Visage, blessures, vêtements, lieu, objets. Gardez les fichiers bruts, sans filtre.
7) Faites les gestes de premiers secours si nécessaire. En cas de saignement important, une pression directe et un pansement compressif peuvent être utiles, tout en appelant les secours adaptés.
8) Écrivez ce dont vous vous souvenez. Date, heure, déroulé, mots prononcés, description. La mémoire peut se fragmenter sous le choc, et ce n’est pas un signe de faiblesse.

« Le traumatisme n’efface pas seulement la sécurité, il désorganise aussi le récit. Mettre les faits sur papier, même de façon imparfaite, aide à reprendre de la cohérence quand tout paraît confus. »
Soins médicaux, UMJ, CMI: ce qui protège votre santé… et votre dossier
En consultation, j’entends souvent: « Je n’ai pas osé aller aux urgences, ce n’était peut-être pas si grave. » Soyons clair: ce n’est pas à vous de minimiser. La médecine sert à soigner, et aussi à constater.
Si vous le pouvez, présentez-vous rapidement pour un examen médico-légal, notamment en Unité médico-judiciaire (UMJ). L’UMJ peut établir un compte-rendu, réaliser des prélèvements biologiques et produire des éléments utiles au dossier.
Demandez un certificat médical initial (CMI). Il décrit les lésions et fixe un nombre de jours d’ITT. Ce chiffre n’est pas un détail administratif: il pèse sur la qualification des faits et peut conditionner certains accès à l’indemnisation. Conseil très pratique: demandez explicitement que l’ITT soit chiffrée en jours sur le CMI, puis conservez l’original et des copies.
Gardez aussi: comptes rendus d’UMJ, factures, arrêts de travail, et tout document de suivi jusqu’à la consolidation.
Preuves: quoi garder, et les erreurs qui coûtent cher
Beaucoup de victimes ont l’impression qu’il faut une « preuve parfaite ». Dans la réalité, c’est souvent l’accumulation d’éléments simples, cohérents, datés, qui donne de la solidité.
Preuves physiques: vêtements, objets, documents médicaux, témoignages.
Preuves numériques: photos et vidéos originales, échanges SMS, historiques d’appels, messages. Conservez les métadonnées, ne recadrez pas, ne compressez pas. Faites des copies et stockez sur un support externe.
Si des caméras existent (commerce, transport), demandez immédiatement au responsable, notez son nom et ses coordonnées. En cas de refus, mentionnez la demande dans la plainte pour qu’une saisie puisse être envisagée.
Ce qu’il vaut mieux éviter: publier sur les réseaux sociaux, modifier les fichiers, ou diffuser une vidéo. Cela peut effacer des métadonnées et poser des problèmes de vie privée.
Porter plainte: où, comment, et pourquoi la plainte n’est pas une « exagération »
Beaucoup hésitent: peur de ne pas être cru, crainte de « déranger », fatigue. Pourtant, la plainte est la démarche qui déclenche une enquête. Elle peut être déposée dans n’importe quel commissariat ou brigade, ou par courrier au Procureur du lieu de l’infraction.

Préparez une trame simple: identité, date-heure-lieu, description des faits, dommages, coordonnées de témoins, liste des pièces (photos, CMI, documents). Demandez un récépissé, conservez le numéro d’enregistrement, et sollicitez une copie du procès-verbal.
À distinguer: la main courante ne déclenche pas une enquête de la même manière. Si vous cherchez protection et suites judiciaires, la plainte reste l’outil le plus opérant.
Repère temporel: la prescription est de 1 an pour les contraventions, 6 ans pour les délits, 20 ans pour les crimes.
ITT et sanctions: repères lisibles
L’ITT est souvent vécue comme une étiquette. En réalité, c’est un indicateur médico-légal qui structure ensuite une partie des suites pénales. Voici des repères tels qu’ils sont généralement présentés.
| Constat médico-légal | Sanction mentionnée |
|---|---|
| Aucune lésion ou blessure | 750 € d’amende |
| ITT inférieure ou égale à 8 jours | 1 500 € d’amende (3 000 € en cas de récidive) |
| ITT de plus de 8 jours | 3 ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende |
| Mutilation ou infirmité permanente | 10 ans d’emprisonnement et 150 000 € d’amende |
| Mort (sans intention de tuer) | 15 ans de réclusion criminelle |
Il existe aussi des circonstances aggravantes pouvant augmenter fortement les peines, jusqu’à 20 ans de réclusion criminelle ou plus, avec une mention de maximum à 30 ans de réclusion criminelle.
Indemnisation: CIVI, FGTI, SARVI, et quand demander de l’aide
La réparation n’efface pas l’agression, mais elle peut vous permettre de financer les soins, compenser des pertes, et reconnaître le préjudice. Plusieurs voies existent.
CIVI: elle peut être saisie notamment si l’atteinte entraîne au moins 30 jours d’ITT (formulé aussi comme « incapacité temporaire totale d’au moins égale à 1 mois ») ou une invalidité permanente. Le délai de saisine est de 3 ans à compter du jour de l’infraction, ou 1 an au plus tard après une décision de justice condamnant l’auteur. Dans le cadre de l’article 706-5-1 du code de procédure pénale, le fonds de garantie doit présenter une offre dans un délai de deux mois.
FGTI: il intervient notamment quand l’auteur est inconnu ou insolvable, et une provision peut être versée si le droit à indemnisation est reconnu mais que le préjudice n’est pas encore liquidé.
SARVI: il peut avancer des indemnités si l’auteur est condamné mais insolvable, avec des montants mentionnés de 1 000 à 3 000 euros.
Vous pouvez aussi vous constituer partie civile pour demander des dommages et intérêts devant la juridiction pénale, dès le dépôt de plainte ou plus tard. Si vous vous sentez perdu, l’aide aux victimes via le 116 006 peut soutenir et orienter. Et un avocat habitué au dommage corporel peut vous aider à la plainte, à l’expertise, au chiffrage des préjudices et aux démarches CIVI, FGTI, SARVI.
Une dernière chose, très clinique: après une agression, il n’y a pas seulement des bleus ou des fractures. Il y a parfois une hypervigilance, des images qui reviennent, une honte injustifiée, un évitement. Si vous vous reconnaissez, ce n’est pas « trop », et ce n’est pas « dans votre tête ». C’est une réaction à un choc. Et vous avez le droit d’être accompagné, autant sur le plan médical et juridique que psychique.
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